Histoire, géographie, éducation civique au collège Anne Frank de Sauzé-Vaussais.

Un long dimanche de fiançailles, film de Jean-Pierre Jeunet de 2004.

mardi 24 janvier 2012 par Muriel Lucot

Un long dimanche de fiançailles est un film de fiction réalisé par Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou dans le rôle principal et Gaspart Ulliel et sorti en France en 2004 sur les écrans.

Le scénario est extrait du livre Un long dimanche de fiançailles, roman de Sébastien Japrisot paru en 1991 aux éditions Denoël.

Le film de J.P. Jeunet est un drame que l’on peut rattacher au genre du "film de guerre".

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L’affiche du film, Un long dimanche de fiançailles.
Source : Allociné

Le synopsis d’après le site Allociné : "En 1919, Mathilde a 19 ans. Deux ans plus tôt, son fiancé Manech est parti sur le front de la Somme. Comme des millions d’autres, il est "mort au champ d’honneur". C’est écrit noir sur blanc sur l’avis officiel. Pourtant, Mathilde refuse d’admettre cette évidence. Si Manech était mort, elle le saurait !
Elle se raccroche à son intuition comme au dernier fil ténu qui la relierait encore à son amant. Un ancien sergent a beau lui raconter que Manech est mort sur le no man’s land d’une tranchée nommée Bingo Crépuscule, en compagnie de quatre autres condamnés à mort pour mutilation volontaire ; rien n’y fait. Mathilde refuse de lâcher le fil. Elle s’y cramponne avec la foi du charbonnier et se lance dans une véritable contre-enquête. De faux espoirs en incertitudes, elle va démêler peu à peu la vérité sur le sort de Manech et de ses quatre camarades".

Conseil méthodologique : pour exploiter un document d’histoire pour l’épreuve d’histoire des arts, il est essentiel de toujours bien distinguer les éléments historiques des éléments artistiques.
Votre travail consiste alors à faire le lien entre les deux en montrant de quelle façon l’artiste utilise les moyens artistiques pour mettre en évidence son point de vue sur les éléments historiques.

Analyse des dix premières minutes du film :

Les éléments historiques :

6 janvier 1917. Somme.

  • Tranchées :
    Plus ou moins boisées (selon proximité avec le front, temps pour les construire…) ; sacs de sable pour protéger.
    Boue, eau, pas d’abri en cas de pluie.
    Attente.
    Rats, conditions de vie très difficiles (lieux pour dormir).
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Les tranchées avant l’assaut dans Un long dimanche de fiançailles.
Source : forum.cine
  • Les soldats :
    Uniforme des soldats d’un bleu assez pâle.
    Vin « compagnon de la misère » et surtout donné aux soldats sur le front.
    Jeunesse du soldat allemand : jeunes hommes de 17 ans envoyés sur le front en 1918.
    Droits communs : personnes ayant été condamnés pour des délits ou des crimes que l’on sortait de prison pour les envoyer sur le front.
    Auto-mutilation des soldats qui ne veulent plus faire la guerre.
  • L’assaut et ses suites :
    Sortie de la tranchée par des échelles.
    Officiers en premier.
    La moitié des hommes se fait tuer à peine sortis de la tranchée.
    Progression très difficile.
    Tirs d’obus en continu.
    Éclats d’obus très meurtriers.
    Trous d’obus gigantesques.
    Blessés restant sur le champ de bataille car on ne peut pas aller les chercher.
    Nettoyeurs de tranchée : soldats tuant les blessés pour prendre ce qu’ils peuvent.
  • Le matériel, l’armement :
    Téléphone pour la communication entre l’état-major (ceux qui commandent) et les officiers dans les tranchées.
    Grenades à main.
    Tétraèdres, barbelés pour empêcher l’ennemi de traverser le champ de bataille.
    Fusils à baïonnette pour les combats au corps à corps.
    Chars français dans la dernière bataille (les premiers ont été expérimentés en 1916, le réalisateur s’est appuyé là-dessus, on voit que ces chars sont très lourds et avancent difficilement).
    Canons français qui tirent trop court : difficile de régler les tirs et quand les soldats avancent beaucoup sur le champ de bataille, jusqu’à la tranchée adverse parfois, informations passant mal ou tirs approximatifs, les canons français tirent sur leur armée. Cf. Témoignage entendu en ligne.
    Petite plaque d’identification du soldat avec son nom au poignet.
    Gaz, armes chimiques (utilisés pour la première fois à Ypres en France par les Allemands en 1916 durant la bataille de la Somme), gaz moutarde qui détruit les organes respiratoires.
  • La justice militaire :
    Conseil de guerre pour mutilation volontaire.
    Condamnation à mort pour désertion (ou volonté de).
    Exécutions pour l’exemple : pour que les autres soldats soient dissuadés de faire la même chose (il en sera de même lors des mutineries de 1917).

La structure du récit et les personnages principaux :

Cinq histoires parallèles (les soldats en question ne se croisent pas durant ces dix premières minutes de film) d’auto-mutilation volontaire ou pas (accident pour le premier) conduisant à la condamnation à mort pour dissuader autres soldats d’en faire autant.
Alternance entre les images des soldats condamnés avant leur exécution, sur le front ET leur passé.

Les couleurs dominantes de chaque séquence appuient la structure du récit :

Front associé à la souffrance et à la mort : couleurs froides, des gris-vert, ou bleu-gris couleur des uniformes.
Passé associé à la vie : couleurs chaudes, de l’orange, du doré, beaucoup de lumière (même quand c’est le passé sur le front, quand 2ème soldat essaie de convaincre les autres poilus de la nécessité de se révolter, la scène est ensoleillée).
Utilisation d’effets spéciaux : des filtres de couleur.

L’ambiance sonore :

  • Les sons d’ambiance : Très nombreux notamment au moment des assauts (ce sont alors les sons ’réels’ créés par l’artillerie, les tirs de fusil, la pluie, les explosions, les cris...). L’ambiance sonore est alors saturée de sons violents.
  • Les voix :
    Peu de dialogue des personnages, narration en voix off.
  • Le silence ou l’absence de sons :
    Au moment des auto-mutilations notamment.
    Lors du plan où Manech est dans le trou d’obus recevant la chair du soldat sur lui : presque silence, les bruits de la guerre cessent (on entend seulement une explosion lointaine).
  • La musique :
    Compositeur : Angelo Badalamenti (compositeur célèbre de cinéma notamment pour la série Twin Peaks de David Lynch).
    Musique discrète d’instruments à cordes. Toujours une même ligne mélodique avec quelques crescendo.
    Musique lancinante du générique, inquiétante.
    Musique funéraire quand avancée des soldats dans tranchée (cuivres joués très grave), musique discrète.
    Musique contextuelle : petite musique de la montre très enfantine de type boite à musique, contrastant avec la violence de l’auto-mutilation.

La place de la caméra et ses éventuels mouvements :

  • Panoramique diagonal du haut vers fond tranchée et lumière au premier plan ==> la tranchée est comme un ’trou à rats’, les hommes y sont comme piégés, il n’y a pas d’issue possible.
  • Plan fixe, on voit passer les cinq hommes en plan rapproché.
  • Plan large vertical avec grue : la tranchée => comprendre le contexte, la situation.
  • Soldats avancent dans la tranchée : travelling avant, on suit les soldats de dos ==> cela pourrait être n’importe quel soldat.
  • Plan subjectif, caméra qui fait un léger mouvement de balancier comme la marche, les regards des soldats sur le côté sont tournés vers nous ==> volonté de nous mettre à la place du personnage.
  • Travelling arrière, les soldats avancent vers nous, on voit les soldats sur le côté se protégeant de la pluie par des bâches jaunes, même couleur que l’eau au fond.
  • Plan rapproché poitrine sur 1er soldat ==> personnalisation avec le visage OPPOSE à la dépersonnalisation, la déshumanisation du matricule.
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L’un des cinq soldats dans la séquence de début du film.
[Source : académie de Nice-http://www.ac-nice.fr/lavesubie/images/Long-dimanche.pdf]
  • Champ / contre-champ quand soldat tue jeune allemand ==> pour nous montrer les sentiments des différents personnages.
  • Très gros plan sur la montre, on comprend que l’arrêt de la musique déclenchera les coups de feu.
  • Retour tranchée par plan vertical (arbre déchiqueté et cheval décharné dans les branchages, très symboliques) depuis une grue jusqu’au sol boueux où le 2nd soldat tombe ==> le spectateur est au même niveau que le sol, il vit la chute.
  • Plan subjectif du soldat qui avance dans la tranchée ==> le spectateur se met à la place du soldat, on ressent sa douleur.
  • Caméra parmi les soldats qui montent à l’assaut et sortent de la tranchée, le cadre est ’plein’ d’hommes qui vont se faire tuer ==> nous faire ressentir la tension.

Quatre séquences pour comprendre l’utilisation du langage cinématographique :

  • 2’40’’ / Plan subjectif, caméra qui fait un léger mouvement de balancier comme la marche, les regards des soldats sur le côté sont tournés vers nous ==> volonté de nous mettre à la place du personnage, la tranchée est sans issue, le soldat ne peut qu’y avancer vers sa mort prochaine.
  • 4’11’’ / Plan large vertical avec grue : la tranchée ==> comprendre le contexte, la situation. Valeur symbolique de l’arbre décharné, déchiqueté par les obus et cheval pendu dans une fourche… On ressent la désolation, la violence extrême sur le paysage, les végétaux, les animaux et on en déduit celle que vont subir les êtres humains.
  • 4’22’’ / Gros plan sur le 2ème soldat ==> l’expression du visage, très près, on ressent sa douleur. Plusieurs mains qui viennent le prendre, on ressent le déséquilibre des forces. Le soldat est terrassé au sens propre.
  • 9’18 et plongée sur Manech dans trou d’obus après avoir reçu la chair de son camarade tué par obus. Manech toujours montré comme fragile, victime, terrassé ==> le réalisateur va chercher le spectateur pour qu’il ait envie de le protéger comme un petit enfant, car le spectateur doit s’intéresser à la recherche de Manech durant tout le film, avoir envie qu’il soit vivant et que Mathilde le retrouve.
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Cimetière militaire dans Un long dimanche de fiançailles.

Le cinéma est un langage qui permet au réalisateur de faire ressentir au spectateur des émotions, d’évoquer des idées, de transmettre son point de vue.
Cependant, le spectateur n’est pas complètement passif et son propre point de vue, ses propres émotions agissent également sur sa perception.
Au final, l’artiste n’est jamais tout à fait maître de ce qu’il crée chez le spectateur.

Un spectateur pourra interpréter ce film comme la dénonciation de la guerre et des institutions qui la conduisent, rien ne justifiant les violences extrêmes que l’on nous montre à l’écran. Un autre y verra le nécessaire sacrifice de toute une génération et l’occasion pour les hommes d’y exprimer les vertus que sont le courage, la solidarité... Un troisième enfin, sera moins sensible au contexte et retiendra du film que l’amour demeure le plus important et que quelle que soit la situation, il parvient à s’exprimer.
À toi de trouver ta propre interprétation et ton propre ressenti !

Aller plus loin :

Un long dimanche de fiançailles sur les sites consacrés aux films :


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