Histoire, géographie, éducation civique au collège Anne Frank de Sauzé-Vaussais.

Un SPIP en histoire géographie éducation civique avec des collégiens.

lundi 8 février 2010 par Muriel Lucot

Introduction sous forme de petit historique : de l’intranet au SPIP

Dès que le collège a été équipé d’un réseau, en 2005, j’ai mis en place sur l’intranet un espace en histoire géographie éducation civique sous forme de pages html, pour mettre à disposition des élèves, ressources et consignes. Cette utilisation « descendante » m’a semblé rapidement insuffisante. J’ai rapidement utilisé ce réseau pour faire produire les élèves de façon plus satisfaisante qu’avec un format ‘papier’ car il permettait simplement les échanges, la reformulation et la présence outre de texte, de documents audio et/ou vidéos. J’ai découvert alors les sites internet dynamiques et collaboratifs, les CMS (content management system) et notamment SPIP.
Libre et gratuit, en ligne, très simple d’utilisation, ayant des points communs dans son fonctionnement avec les blogs auxquels un certain nombre d’élèves sont familiarisés, possédant des fonctions basiques qui ne les perdraient pas, sécurisé, évolutif (comme de nombreux produits du monde du libre, les bonnes volontés améliorent constamment l’interface et la sécurité)… SPIP m’est vite apparu comme l’outil pédagogique idéal. J’ai mis en place le SPIP d’histoire géographie éducation civique du collège Anne Frank au printemps 2007 et l’ai nourri pour qu’il soit opérationnel à la rentrée suivante page d’accueil de ce SPIP sur lequel vous êtes actuellement.

Quelques aspects techniques et la question de la fracture numérique.

L’académie de Poitiers n’hébergeant pas de sites disciplinaires « personnels », j’ai utilisé le service proposé par mon fournisseur d’accès pour héberger ce SPIP. Je suis responsable éditorial mais cela se fait en toute transparence avec l’établissement (lien depuis le site officiel du collège) et le principal. Concernant l’adresse du SPIP, je regrette de n’avoir pas choisi un nom plus neutre et plus général alors qu’aujourd’hui ma collègue y publie.

Restait la douloureuse question de la fracture numérique. Le collège dans lequel j’enseigne est un petit établissement rural de moins de 200 élèves dans un contexte socialement défavorisé au regard du contexte régional (d’après les statistiques IPES). Cependant, le taux d’équipement des ménages en matériel informatique y est conforme à ceux de la France entière, seuls deux ou trois élèves par classe n’ont pas internet à la maison.
Néanmoins, on le sait, la fracture numérique ne se pose pas aujourd’hui seulement en terme d’équipement mais plutôt en terme d’usage et de maintenance. Je pose la question aux élèves par écrit en début d’année en veillant à ne pas les stigmatiser.
Je veille à travers les consignes et les délais donnés à ce que tous les élèves puissent effectuer les travaux demandés au plan net de l’établissement (salle informatique ouverte au public par le Conseil général hors du temps scolaire) ou au CDI. J’insiste (sur une fiche de début d’année que je communique aux familles ainsi qu’en réunion de présentation de l’année scolaire) sur le fait que seule la dernière étape de la production, la saisie, nécessite un poste et une connexion. Cependant, les élèves -tout comme beaucoup d’entre nous- préfèrent travailler d’emblée de façon numérique.
Avoir ou non internet demeure un facteur de discrimination et les familles défavorisées vivent cette exclusion numérique comme une mise en marge supplémentaire. On pourrait rétorquer, mais sans rien résoudre, que cela a toujours existé et que les élèves ne sont pas non plus égaux devant les livres présents ou pas à la maison et la culture de façon générale. Les outils changent, les problèmes sociaux demeurent.

Un SPIP pour faire un site Web sans être technicien.

L’installation d’un SPIP se fait via le site spip.net, puis la personnalisation peut se faire en développant soi-même des squelettes ou en téléchargeant des modèles clefs en main, en l’occurrence, le squelette ‘Alternative’. Des plug-in sont ensuite téléchargeables si on veut ajouter des fonctionnalités supplémentaires (agenda, accès restreint…).
Un SPIP dans sa partie publique se présente comme un site internet classique avec différentes pages, une navigation hypertextuelle, des rubriques (une arborescence) et tous les types de fichiers numériques (proposés au téléchargement ou directement insérés dans les articles). Dans la partie privée, toutes les personnes qui ont le statut de rédacteur (ou d’administrateur) peuvent être les auteurs d’articles qui sont les unités de base (un ‘article’ peut contenir du texte et/ou des images fixes ou animées et/ou des liens vers des fichiers numériques de tout type ou vers des sites Web).
Hormis le contenu des articles créés par les rédacteurs et les intitulés des rubriques créées par les administrateurs, tout le reste, sommaire, onglets, moteur de recherche, arborescence… est automatiquement généré et la maintenance est très simple. Cela apparaîtra comme un inconvénient aux amoureux du langage html et conduit à une certaine uniformisation graphique mais eu égard aux avantages, je ne suis pas chagrinée par le fait que ce SPIP ressemble dans sa forme, à beaucoup d’autres.
SPIP permet de se concentrer sur le contenu, c’est ce qui m’a séduite.

Des diaporamas directement dans les pages de SPIP.

Dans un premier temps, les diaporamas devaient être téléchargés. Un article sur le site de la MATICE de mon académie site pédagogique de l’académie de Poitiers m’a fait connaître le petit outil gratuit I-spring téléchargeable qui permet de générer un fichier flash à partir d’un diaporama power point en conservant les animations et les liens (entre diapositives et externes) (Open office impress permet également une exportation au format flash mais sans animation ni lien). Depuis, tous les diaporamas sont incorporés aux pages et consultables directement par exemple.
Ce point qui semble technique est pourtant essentiel. J’ai fait le test avec plusieurs classes à qui j’ai demandé d’ouvrir des pages Web sur lesquelles il y avait des diaporamas en accès directs et d’autres qui nécessitaient quelques secondes de téléchargement : les élèves ne téléchargent pas les fichiers et par conséquent, les documents mis sous cette forme n’atteignent par leur cible. En revanche, les élèves consultent quasiment systématiquement les diaporamas directement accessibles.

Une maîtrise rapide de l’outil par les élèves d’autant plus que l’usage en est interdisciplinaire.

Techniquement, il faut une demi-heure pour que des collégiens (dès la 6ème) acquièrent les fonctions de base de l’interface (s’identifier, créer un article, le placer dans une rubrique, rédiger, insérer une image).
Un article méthodologique sur ce SPIP et le mode d’emploi du SPIP peuvent aider les élèves.
La première année, j’étais la seule à faire rédiger les élèves de 5ème et de 3ème sur SPIP, il était donc souvent nécessaire de faire de petits rappels. Depuis deux ans, le site du collège est un SPIP hébergé sur le serveur académique et plusieurs collègues y font produire les élèves. Or, l’intérêt de SPIP est que si l’aspect du site public peut varier, les interfaces privées sont identiques. Par conséquent, un élève qui sait en utiliser un, sait les utiliser tous. Les élèves de 3ème par exemple rédigent des articles en lettres sur le SPIP de l’établissement, sur le SPIP d’histoire et sur le SPIP de l’option découverte professionnelle 3 heures s’ils en font partie en ayant appris à maîtriser un seul outil.
L’usage interdisciplinaire de l’outil est un plus considérable comme pour tout projet pédagogique.

Fin août, je supprime presque tous les articles réalisés par les élèves. Le N°446 des Cahiers pédagogiques intitulé « Le numérique à l’école » d’octobre 2006 montrait que ce n’est pas la conservation mais bien la démarche de production des élèves qui est intéressante. Certains sujets, certains ouvrages… revenant chaque année, ce serait priver la promotion actuelle de la découverte que de laisser en ligne les productions antérieures. Je conserve cependant les articles de type témoignage (il commence à y avoir une petite base d’articles intéressants) car ils sont uniques (consulter des exemples).

Contenus et plus-values pédagogiques

Le contenu du SPIP.

L’un des usages de ce SPIP, est de mettre à disposition des ressources pour les élèves : liens vers des sites Web, les vidéos en streaming du site TV, conseils méthodologiques, documents pour la classe (fiches de suivi, grilles de compétences, tables des matières…), exercices interactifs du Web ou réalisés par mes soins (exercices Netquiz sur chaque chapitre), cours sous forme de diaporamas, évaluations et corrigés, ressources spécifiques à chaque chapitre (documents sonores, iconographiques…), informations sur les sorties, les intervenants et consignes des activités. Je mets également en page d’accueil sous le titre « à voir, à lire, à écouter » des informations en relation avec l’actualité culturelle (la sortie d’un film, la parution d’une B.D. ou son achat par le C.D.I…), l’actualité de l’internet (liens vers des sites de qualité) ou l’actualité du monde.

Les articles réalisés par les élèves.

Tout d’abord, les travaux en autonomie consulter des exemples qui peuvent être de huit types différents : l’histoire de… (un fait de société, un objet, une pratique culturelle ou économique…), le compte-rendu d’une lecture d’un récit en histoire du XXème siècle, la présentation d’un sujet d’actualité, le récit d’un témoignage d’un proche, le compte-rendu d’une vidéo du site TV en géographie, le compte-rendu d’une visite ayant un intérêt historique, la présentation d’un débat de société, une réalisation libre (littéraire ou d’arts plastiques) autour d’Anne Frank.
Les élèves choisissent le type de production (différent pour chaque production) puis leur sujet et ils organisent leur travail en fonction du calendrier distribué en début d’année.
Les types de travaux ont évolué. J’ai supprimé la biographie qui donnait lieu à des copier-coller sans intérêt et j’ai créé de nouveaux types de productions à la demande d’élèves qui avaient un projet intéressant (« l’histoire de… » et « la visite »).
L’idée est de mettre en place des types de travaux et des consignes (élaborées à partir de parutions en documentation) qui impliquent une forte personnalisation pour éviter le copier-coller (cela peut être un exercice pédagogique intéressant mais pas dans ce cadre). Je ne prétends pas l’avoir éradiqué mais j’en repère quelques-uns en début d’année et j’en fais de la « publicité » pour dissuader les autres élèves.
Chaque type de travail fait l’objet d’une page de consignes où j’indique les objectifs, les outils possibles et le barème selon lequel l’article sera évalué par exemple pour le sujet d’actualité.
Des consignes générales précisent le calendrier, la façon de travailler, les compétences travaillées, les moyens de communication, les informations techniques, le règles de publication… Ces consignes sont trop longues, j’en suis consciente et je dois encore les réduire. Je demande aux élèves de surligner la version ‘papier’ en début d’année puis nous en discutons en classe.
J’essaie de sensibiliser les élèves à l’organisation nécessaire à toute conduite de projet et à la construction de leur autonomie en insistant sur le fait qu’une connexion à internet peut être aléatoire et le poste informatique, indisponible, qu’il s’agisse de celui du collège ou de la maison et qu’il est nécessaire d’anticiper… mais c’est une des choses sans doute le plus difficile à obtenir d’adolescents tant cette notion est éloignée par essence de leur âge !
D’autres activités donnent lieu à la réalisation d’articles : des articles réalisés en 5ème sur les droits de l’enfant, des productions suite à la visite d’Oradour-sur-Glane par les élèves de 3ème.

Les plus-values pédagogiques.

La véritable plus-value est la possibilité de suivre le travail des élèves et de favoriser une démarche de type essais-erreurs. Les élèves ont le statut de rédacteur sur le SPIP (il faut créer leur compte).
La publication est modérée, un élève qui veut faire paraître son article doit d’abord en demander la publication à un professeur administrateur du SPIP.
Chaque article sur le SPIP possède un forum attaché qui se présente sous la forme d’encarts affichés en bas de l’article et ne sont visibles que dans l’interface de rédaction accessible aux seules personnes ayant le statut de rédacteur ou d’administrateur. C’est par ce moyen que je communique avec les élèves autant de fois que nécessaire au sujet de leur article en leur dispensant des conseils précis sur le fond, la forme, les sources et en les encourageant.

Autre outil très utile : le suivi des modifications. Exemple de suivi des modifications. SPIP peut afficher pour chaque article toutes les étapes de réalisation de l’article avec la date et l’heure et en mettant en évidence ce qui a été supprimé et ajouté. C’est souvent révélateur de la façon dont les élèves travaillent (et le cas échéant du copier-coller) et ils savent que j’ai accès à cette fonction.

Il est important de faire savoir aux élèves que les commentaires en bas des articles sont lisibles par toutes les personnes ayant accès à l’interface privée du SPIP. C’est une compétence du B2I collège que de savoir qui sont les lecteurs possibles selon le moyen de communication (C.5.1). Il est porteur de faire utiliser ces commentaires par les élèves pour qu’ils critiquent de manière constructive les travaux de leurs camarades.

D’autres moyens de communication existent sur le SPIP : par message privé, un ‘rédacteur’ du SPIP peut s’adresser à un autre, le message n’étant alors visible que pour le seul destinataire. J’ai choisi de ne pas autoriser les visiteurs du site à écrire des commentaires (mais c’est possible de le configurer ainsi) pour ne pas que mes élèves soient affrontés à des propos malveillants. De même, je demande aux élèves de ne pas indiquer leur adresse électronique sur leur fiche « auteur » (prénom, nom, classe seulement) pour protéger leur vie privée.
Le SPIP possède également un forum (dont on configure là encore l’accès comme on veut, en l’occurrence, seuls les « auteurs » peuvent y accéder et ce, sur l’interface privée). Je n’en parle pas lorsque je présente le SPIP aux élèves car je n’en ai pas (encore) l’usage pédagogique mais certains élèves le découvrent et l’utilisent. Il y a eu de belles tentatives de lancer des débats d’idées sur des sujets de société mais sans succès. D’autres élèves avaient compris que s’ils disaient à la documentaliste qu’ils allaient sur le SPIP d’histoire géographie, ils pouvaient faire du chat au CDI ! Un détournement malin ! Je suis intervenue sur le forum en expliquant qu’il s’agissait d’un site pédagogique et disciplinaire et que les propos personnels (voire très personnels) n’y avaient pas leur place. Je savais qu’en m’introduisant dans cet espace qu’ils avaient cru leur, je prenais le risque d’en faire fuir les utilisateurs, ce fut le cas.

Dans l’enquête qu’avait menée le mensuel L’Étudiant sur ce que souhaitaient les élèves dans le cadre scolaire, l’un des vœux portait sur une communication personnalisée et confidentielle entre eux et les professeurs. SPIP répond à ce désir même s’il n’est pas le seul outil à le permettre. Dans cet ordre d’idée, je communique l’évaluation de son travail à l’élève par courriel ou par message privé sur le SPIP pour que ce soit confidentiel.
La communication numérique n’est bien évidemment pas à l’exclusion de toute forme de relation orale et directe ! Il est fréquent du reste, que les élèves viennent me voir au sujet de leurs travaux et pour certains, qui ont des difficultés de lecture notamment, une consigne reformulée à l’oral passe toujours mieux qu’une explication à l’écrit.
Je remarque que certains élèves communiquent mieux par la voie électronique, sont plus attentifs, plus ouverts, moins sur la défensive, libérés qu’ils sont du regard de leurs camarades. Des élèves mutiques en classe s’expriment parfois aisément par message ou par courriel. Je ne saurais dire si ces modifications proviennent du caractère écrit des échanges, de la distanciation induite par l’outil, du caractère ‘secret’ des propos tenus mais elles sont bien réelles.

Un outil qui facilite la différenciation et la personnalisation.

Les travaux effectués par les élèves sur le SPIP facilitent à mon sens la différenciation pédagogique dans les appréciations et les évaluations. Il y a un barème mais j’adapte mes exigences aux possibilités supposées de chacun, l’objectif est que chacun progresse. Les certifications auxquelles il faut préparer les élèves, les ‘tris’ que l’institution nous conduit à faire ainsi que les effectifs de classes ne me permettent pas toujours de travailler dans cette logique. Je profite donc pleinement du SPIP en ce sens.
Un élève en difficulté qui fait l’effort de s’occuper de son article, de faire un choix réflexif d’un sujet, d’aller au bout de son travail, de prendre en considération mes commentaires et de revenir à deux ou trois reprises sur son texte, d’obéir aux exigences formelles de citation des sources, de règles d’espacement… a pour moi parfaitement atteint les objectifs et peut par conséquent obtenir un très bon résultat.

De nombreuses compétences mobilisées.

Les compétences disciplinaires, informationnelles et « sociales et civiques » mobilisées sont très nombreuses et on peut les rattacher à plusieurs entrées de l’attestation de maîtrise des connaissances et compétences du socle commun au palier 3 : la compétence 1 de maîtrise de la langue française « écrire » et « utiliser des outils », , la compétence 5 de la culture humaniste « avoir des repères historiques », « lire et utiliser différents langages », « avoir des outils pour comprendre l’unité et la complexité du monde » en fonction du sujet, la compétence 6 des compétences sociales et civiques et la compétence 7 de l’autonomie et l’initiative à travers le fait d’« être capable de mobiliser ses ressources intellectuelles (…) » et de « faire preuve d’initiative ». Extrait des consignes au sujet des compétences mobilisées.
Les compétences du B2I (qui correspondent à la compétence 4 de l’attestation du socle) sont nombreuses à être mobilisées, et ce qui me semble intéressant est qu’elles le soient en situation réelle.
En effet, j’ai déjà cité celle qui consiste à réfléchir aux lecteurs possibles en fonction de l’outil (C.5.1.), les élèves se forment également aux compétences du domaine C.4. (recherche, sélection de résultats, de l’information…), je les familiarise à la citation des sources, ils doivent redimensionner les images ce qui correspond à l’item C.3.7 (tâche nécessaire car les articles du SPIP n’excèdent pas 450 pixels de large), prendre en compte les différents formats et les poids des fichiers (pour les vidéos notamment) et par conséquent savoir lire les propriétés d’un fichier, item C.1.4 et bien entendu, sécuriser ses données –item C.2.6- par l’accès à la partie privée du SPIP. La démarche englobe la quasi totalité du B2I collège.

L’enjeu de la publication est motivant pour les élèves. Leur article n’est pas lu par le seul professeur mais il est sur le Web et certaines productions ont eu des centaines de lecteurs (plus de 1900 pour l’article d’un élève sur l’histoire de Volkswagen). Les exigences en matière d’expression écrite et de citation des sources prennent alors tout leur sens. Lorsqu’un article est exceptionnel, je le place en éditorial. Certains élèves sont attentifs à cette valorisation.

Conclusion sous forme de bilan :

Quel bilan pédagogique au bout de deux ans et demi d’utilisation ?

Je passe sur la question du temps passé car bien sûr, tout cela est chronophage.
Du côté des élèves, les retours sont variables. Cela leur semble difficile en début d’année car tout est nouveau, le fonctionnement, l’autonomie (les choix, le calendrier…). Certains élèves ont du mal à s’approprier les consignes qui leur semblent abstraites au début et à se projeter dans le temps.

Malgré ces difficultés de démarrage, je constate depuis trois ans que les élèves font un pas certain vers l’autonomie. Je suis obligée au 1er trimestre d’effectuer de nombreux rappels, proches du harcèlement ! Le 1er trimestre est un « combat » pour le respect des délais, pour que les élèves prennent connaissance des consignes et ne se basent pas sur les ‘on dit’…, pour qu’ils consultent mes commentaires et surtout, qu’ils finalisent. C’est souvent cette dernière étape la plus difficile, revenir sur une production, aller dans le détail pour corriger, dans l’approfondissement pour enrichir… autant de tâches ardues pour les jeunes (et les moins jeunes ?). Je constate une nette amélioration dès le 2nd trimestre où j’interviens volontairement peu.

Si je devais faire une typologie des élèves, je dirais que :

  • Des élèves profitent de l’opportunité de s’exprimer sur des sujets qui les passionnent dans un cadre assez souple ou en tous les cas moins contraignant que les exercices « traditionnels » de type sujets de brevet par exemple. Ils obtiennent en général de très bons voire d’excellents résultats et pour quelques-uns, bien meilleurs que dans les évaluations traditionnelles.
    Ce sont des élèves qui parfois ne sont pas scolaires et qui utilisent les travaux en autonomie pour valoriser des compétences qui ne sont pas toujours reconnues dans les autres évaluations. Je pense à des élèves peu enclins à l’HGEC qui font d’excellents travaux créatifs au sujet d’Anne Frank par exemple ou un compte-rendu d’une lecture qui les a passionnés… Je remarque depuis trois ans que les élèves anglo-saxons, nombreux au collège et dont certains sont primo-arrivants, s’épanouissent particulièrement dans ces travaux. Cela est-il dû à la fréquence de telles démarches dans le système scolaire britannique ou parce qu’ils saisissent mieux que les autres la possibilité pour eux de réussir un travail sans que la barrière de la langue soit rédhibitoire grâce au suivi pas à pas ?
    J’ai parfois des retours de la part de parents de ces élèves pour qui ces travaux, représentent ce qu’ils ont préféré faire dans ma discipline. Plusieurs parents m’ont dit que leurs enfants n’avaient pas été déstabilisés quand en lycée l’année suivante on leur avait demandé des travaux qui demandaient une large part d’autonomie du fait du travail réalisé en 3ème. Autant dire que cela donne du sens aux heures passées à rédiger des commentaires…
  • Des élèves en difficultés profitent de l’accompagnement pas à pas comprennent que s’ils suivent mes conseils (les exigences étant individualisées en fonction des capacités que j’imagine être celles de chacun) ils peuvent très bien réussir. Là encore, c’est une grande satisfaction pour moi car je suis heureuse de pouvoir envoyer de bons résultats à ces élèves et des appréciations laudatives auxquelles ils ne sont pas habitués. Nombreux sont ceux qui dans ce cas manifestent leur joie d’avoir réussi et je vois nettement pour certains, que cela les motive pour la discipline en général.
  • Des élèves scolaires réalisent des articles de façon scolaire comme ils feraient autre chose.
  • Des élèves ne parviennent pas à être autonomes, très peu nombreux, ils ont besoin d’un soutien permanent et d’un encadrement fort pour atteindre les objectifs. Ce n’est pas l’outil informatique qui fait obstacle (certains d’entre eux étant du reste des « experts » en la matière) mais une situation aigüe d’échec scolaire. Un élève dans chaque classe de 25 en 3ème l’an passé n’ont fait aucun article abouti, ils demeurent dans mon esprit comme autant de regrets car je n’ai pas réussi à leur consacrer le temps dont ils auraient eu besoin et pas réussi à leur faire entrevoir la possibilité d’une réussite.

Un regret : pas d’articles à l’initiative des élèves.

L’introduction publiée sur notre SPIP

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Introduction du SPIP.

propose aux élèves de créer des articles sur les thèmes de leur choix mais depuis la mise en place du SPIP il y a deux ans et demi, très peu de propositions m’ont été faites et aucune n’a abouti. C’est décevant mais après discussion avec des collègues je pense qu’il est difficile de créer chez les collégiens ce type de comportement volontaire pour communiquer.
Je pense pâtir également de l’image de la discipline, les élèves s’imaginant que l’histoire géographie et l’éducation civique au collège se limitent à des domaines très restreints et malgré les activités et les thèmes abordés en classe, ces a priori ont la peau dure. Dans le même ordre d’idée, le sujet de type débat de société fait souvent l’objet de discussion avec les élèves pour qu’ils choisissent leur sujet. Ils sont souvent étonnés que j’accepte voire que je les oriente vers des sujets qui entrent dans leurs centres d’intérêt (les dangers des jeux vidéos, les mesures à prendre contre le hooliganisme dans les stades…).
L’HGEC laisse peu de place à la fantaisie alors je conçois aisément que les élèves soient plus attirés vers des travaux en français qui fait appel à leur imaginaire (« si j’étais… »…) ou bien vers des travaux de langue vivante ludiques ou divertissants (chanteurs, acteurs préférés par exemple).

Quel bilan chiffré des usages du SPIP par les élèves ?

Le SPIP produit automatiquement des statistiques sur la consultation du site, celle de chaque article ainsi que les liens entrants. Cela permet de savoir si le travail effectué est utile ou non. La première année, la consultation était limitée à mes élèves par conséquent, ces chiffres étaient directement utilisables. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas car le SPIP est consulté depuis l’extérieur par le biais de liens sur des sites pédagogiques dont Odyssée ou sur des sites qui référencent des blogs disciplinaires (le site d’Anthony Lozach’ notamment).
En période scolaire, le site reçoit environ 130 visites par jour (55 500 visites depuis sa création à ce jour).
Le cas de la rubrique « cours » est significatif car à l’origine, elle avait un accès restreint, c’est-à-dire qu’elle n’était consultable que par les rédacteurs du SPIP en s’identifiant. Aucun élève ou presque ne la consultait. J’ai donc mis la rubrique en accès libre dans la partie publique et depuis, les consultations sont en croissance importante (13,4 % aujourd’hui pour moins de 1 % auparavant). Des élèves me disent l’utiliser lorsqu’ils sont absents ou pour préparer le brevet. Chaque détail technique a donc son importance tant un ‘détail’ peut être rédhibitoire pour atteindre les élèves et les objectifs.

Là encore, il n’y a pas de miracle, l’outil n’est pas grand-chose si la pédagogie et la relation humaine ne l’accompagnent pas. Les élèves utilisent ce à quoi je les sensibilise en classe, ce sur quoi j’insiste, ce que je leur fais explorer (si nous faisons un exercice interactif Netquiz par exemple sur un chapitre, les élèves vont le poursuivre ou le refaire par la suite). De ce point de vue, cet outil n’est donc pas différent des autres et cela fonctionne toujours beaucoup mieux lorsque l’activité est initiée en classe.

Quelles perspectives ?

J’aimerais parvenir à utiliser davantage les articles des élèves en classe pour valoriser leurs productions, faire lire à tous certains articles, me servir des ressources du SPIP plus systématiquement dans la construction des connaissances de la leçon, utiliser le forum de façon pédagogique, développer les projets transdisciplinaires notamment avec le français, des idées sont en cours…

Beaucoup de temps et de travail pour faire vivre cet espace virtuel mais un gain pédagogique et relationnel qui me semble lui, bien réel.


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